Renforcer les compétences des acteurs locaux pour une gestion durable des conflits

07.09.2022
La mobilité des animaux à la recherche des ressources pastorales entraine des difficultés majeures qui fragilisent le vivre-ensemble, jadis reconnu entre les agriculteurs et les éleveurs, menaçant au quotidien la paix et la cohésion sociale. Ces difficultés ont trait, entre autres, aux dégâts des champs, aux conflits et à l’extrémisme violent. Grâce à l’approche de Gestion des Programmes Sensibles aux Conflits et à l’appui du Programme d’Appui au Secteur du Développement Rural (PASDeR) financé par la Coopération Suisse et exécuté par le consortium Swisscontact-LARESles Organisations Socio Professionnelles (OSP) mettent en œuvre des activités plus sensibles aux conflits. 
Vue partielle des participants à la formation
Les participants lors des travaux de groupe

C’est dans ce cadre que l’Union Départementale des Organisations Professionnelles d’Eleveurs des Ruminants de l’Atacora et de la Donga (UDOPER AD) a organisé à Natitingou, Nord Ouest du Bénin, une formation sur la prévention et la gestion des conflits au profit de 26 participants intervenant dans la filière agropastorale. Il s’agit des acteurs clés de la zone d’intervention du programme à savoir des agriculteurs, des éleveurs, des élus locaux, des têtes couronnées, des chefferies traditionnelles et un représentant de la société civile. Cette formation vise à renforcer les capacités de ces acteurs clés sur plusieurs thématiques et exercices pratiques portant sur la clarification des concepts (conflits, violence, paix, perception), les stratégies et outils de gestion des conflits et les aptitudes à développer pour bien gérer les conflits.

C’était l’occasion pour Monsieur Honde Elphe Togninou, spécialiste des questions de gestion des conflits, de fournir aux participants des stratégies et aptitudes pour bien gérer les conflits. Ces stratégies leur ont permis de cerner trois méthodes notamment la négociation, la médiation, l’arbitrage et deux outils de gestion des conflits à savoir « l’oignon et l’arbre à conflit ». L’effet attendu de cette formation est le changement de comportement des participants qui devront désormais être des modèles et de bons médiateurs pour limiter les violences directes et ceci, grâce à une bonne prévention et gestion des conflits entres les agriculteurs et éleveurs.

L'arbre à conflit donne la possibilité de discuter des opinions et de les comparer.

Enfin, grâce aux bases théoriques et aux outils concrets acquis lors de la formation sur l’approche « Gestion des Programmes Sensibles aux Conflits (GPSC) réalisée par Swisspeace, l’équipe de PASDeR améliorera l’intégration de la sensibilité aux conflits dans la planification, la mise en œuvre et le suivi de ses activités en 2023. Pour ce faire, elle va incessamment organiser une restitution des différents acquis à l’endroit des équipes interdépartementales des OSP, bénéficiaires du PASDeR3.

Impressions des participants

Clément Abiola Ogni, Conseiller technique en production animale de l’UDOPER AD

Nous sommes dans la bonne période pour l’organisation de cet atelier, c’est le moment pendant lequel les éleveurs passent dans les champs, et celui pendant lequel les agriculteurs cultivent au niveau des couloirs de passage et empêchent les éleveurs d’accéder aux ressources pastorales. La formation a été une satisfaction pour l’UDOPER AD qui a été appuyée par le consortium SC LARES à travers le PASDeR.  La contribution à la consolidation de la paix est un objectif nécessaire pour la durabilité de nos actions.

M.Yacoubou Zimé, référent de la société civile de l'Atacora-Donga à côté du Conseiller technique en production animale de l’UDOPER AD (à droite)

Yacoubou Zimé, référent de la société civile, département Atacora-Donga

La formation s’est très bien passée car les différents acteurs ont accordé de l’importance à la thématique, ils ont activement participé aux débats. En tant que représentant de la société civile, celui des sans voix, j’ai été épaté par ce que j’ai entendu et vu. Il faudrait que les bénéficiaires mettent effectivement en application les acquis de la formation et honorent leur engagement de les dupliquer, de les partager avec leurs pairs.

Imorou Jérôme, agriculteur de la commune de Bassila, centre du Bénin.

J’avais suivi plusieurs formations notamment la gestion culturale, la gestion financière mais celle suivie aujourd’hui est différente. Car elle nous permettra de régler les conflits qui nous opposent aux éleveurs. Nous sommes appelés à vivre ensemble mais s’il y a des problèmes, comment faire pour que le pire n’arrive pas ? c’est très important. Ce que j’ai appris au cours de la formation, c’est comment négocier. Comment régler les problèmes à l’amiable. Je prends l’engagement de transmettre les acquis à ceux qui n'ont pas eu la chance de suivre cette formation. Je remercie donc la coopération suisse et le PASDeR qui n’ont jamais cessé de nous soutenir.

Gnani Yacouba, éleveur dans la commune de Ouassa-Péhunco, nord-ouest Bénin

J’ai appris comment régler les conflits en commençant d’abord par l’étape la plus importante qui est la négociation. Cela permet d’aboutir à une entente pour toujours rester ensemble. Mais au cas où cela ne marche pas, on fait recours à la médiation.  On associe une personne neutre qui aide à trouver une solution et leur fait prendre conscience de leur intérêt commun. Si cela n’aboutit pas, on fait appel à l’arbitrage des services compétents pour faire valoir les irrégularités observées et départager les deux parties concernées. Merci aux organisateurs, à PASDeR 3 et à la coopération suisse.

Ibrahim SINOUSSA, Chef village de Bariénou, Djougou, nord-ouest Bénin

Cette formation nous a permis de comprendre la notion de conflit. Lors de cette formation, j’ai pris conscience de la mauvaise gestion des conflits par les délégués dans nos villages. En général, ces derniers soutiennent les agriculteurs et rejettent toujours la faute des dégâts sur les éleveurs car ne sachant pas qu’aujourd’hui, les vrais éleveurs sont des paysans. Je prends l’engagement de donner à mes collègues les outils tels que « l’oignon » et « l’arbre à conflit » pour leur permettre d’avoir les aptitudes d’un bon médiateur de conflits.

Honde Elphe Togninou, personne ressource

J’ai été choisi pour modérer l’atelier qui a 4 principaux objectifs : faire comprendre aux participants la notion de conflit ; déterminer les sources/causes des conflits entre les acteurs de la filière et les conséquences de ces conflits ; développer des stratégies de gestion rationnelle de ces conflits pour une bonne cohabitation entre les acteurs et enfin, mettre à leur disposition les outils de gestion d’un conflit. La formation s’est bien déroulée car comme on peut le constater dans les propos recueillis à la fin de la formation. Les débats de qualité menés prouvent qu’ils ont bien compris les modules déroulés.

»Les débats au cours de la formation étaient très intéressants et les participants se sont engagés à restituer les acquis. Après ces restitutions, les conflits seront gérés avec beaucoup de professionnalisme, ce qui favorisera la paix et la mise en œuvre de leurs activités dans un environnement plus sécurisé. L'équipe du programme compte bien effectuer le suivi des activités. Merci à la coopération suisse pour la mise à disposition des ressources pour appuyer les différentes OSP à la base à mettre en œuvre des activités plus sensibles aux conflits.«
Malick Aboudou, conseiller technique en production animale, PASDeR 3
Bénin
Ecosystème entrepreneurial
Programme d’Appui au Secteur du Développement Rural (PASDeR)
Le quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitation (RGPH4) réalisé au Bénin a permis de dénombrer 10 008 749 habitants résidents dont 51,2% de sexe féminin. En rapportant cet effectif à la superficie du Bénin (114 763 km²), il se dégageait une densité de 87,2 habitants au kilomètre carré en 2013. En particulier,...