Des offres de services financiers adaptés aux maillons des filières agricoles et artisanes dans le Nord Bénin

Ecosystème entrepreneurial
11.02.2021
Dans le but d’accroître la productivité agricole, de l’adapter aux exigences de l’économie de marché et d’améliorer le niveau de vie des producteurs agricoles et d’autres acteurs, la Coopération Suisse a mis en place, depuis 2013, le Fonds Communal de Développement Agricole (FCDA) au profit des promoteurs agricoles et artisans à travers le Programme d’Appui au Secteur de Développement Rural (PASDeR).

Ce fonds s’inscrit dans une logique d’apprentissage des acteurs communaux du domaine agricole pour l’acquisition des aptitudes à saisir les opportunités de financement du secteur agricole à travers le Fonds National de Développement Agricole (FNDA). Sa mise en œuvre se fait, à travers des sous-projets initiés par les organisations de producteurs, les organisations professionnelles et interprofessionnelles des chaînes de valeurs concernées par le projet et les Organisations communautaires de base. Le FCDA est un fonds compétitif pour l’ensemble des communes d’intervention du programme au niveau desquelles deux comités siègent avant de mettre la subvention en place au profit des promoteurs retenus. De plus, pour l’accès à ce fonds, le manuel de procédure du FCDA a prévu des critères d’éligibilité des promoteurs, le code de financement, la domiciliation des ressources et le fonds retour.

Au total, pour les deux premières phases du PASDeR, une subvention de 369 440 913 FCFA (615 735 CHF) a été mis en place pour financer 250 microprojets. Particulièrement pour le compte de la deuxième phase du programme, trois (03) appels à projets ont été lancés en 2016, 2017, 2018 et ont permis de financer cent soixante-huit (168) promoteurs (dont 76 femmes et groupements de femmes). Une subvention totale de 265 297 402 FCFA (442 162 CHF) a été placée dont 140 168 962 FCFA (233 615 CHF) pour les femmes. Les femmes ont donc bénéficié de 53% des subventions alors qu’elles ne représentent que 45% de l’effectif total des promoteurs.

Grâce à cette subvention, 168 promoteurs ont mis en œuvre des activités qui se présentent comme suit : construction de 74 infrastructures, acquisition de 1607 équipements et matériels ;  emblavage de 205 ha pour le maïs, le soja et le riz ; transformation de 25 tonnes de matières premières par les groupements de transformation de lait, de manioc, de soja et de riz ; acquisition de 473 têtes d’animaux (ovins, caprins et bovins) et fabrication de 3552 équipements et matériels par les artisans financés durant la période.

Pour le compte de la troisième phase du PASDeR, le FCDA est devenu le Fonds de Facilitation d’Accès au Financement Rural (FAFiR) qui est un fonds de financement du secteur agricole qui prend en compte tous les maillons des filières cibles. L’objet de ce fonds est de faciliter l’accès des petits (es) exploitants (es) agricoles au financement adéquat à travers les appels à projets. Ce fonds s’inscrit dans la logique d’apprentissage au montage de micro-projets et au développement de l’esprit entrepreneurial pour la promotion des filières agricoles cibles. Le FAFiR est un fonds compétitif mixte de 50% de subventions (subvention d’investissement et subvention d’exploitation) et de 50% de prêt à 0% de taux d’intérêt. Les domaines d’activités qui bénéficient des fonds FAFiR sont : la fabrication/fourniture de matériels, équipements et intrants agricoles, la production animale ou végétale, la transformation et la commercialisation.

Globalement, la mise en œuvre du FCDA a permis d’améliorer la crédibilité des Organisations Socio Professionnelles (OSP) vis-à-vis des membres et a donné plus de visibilité à leur institution. En conséquence, le montant que les promoteurs ont payé à leur OSP a connu un accroissement de plus de 57% comparativement à ce qu’ils payaient en absence du FCDA. Par ailleurs, la mise en œuvre du FCDA a eu globalement une influence positive sur les conditions de vie des bénéficiaires et de leurs ménages. D’abord, les conditions de travail ont connu une amélioration positive de la performance des activités de production (réduction de la pénibilité du travail du sol, amélioration des conditions de transformation, etc.) et de transformation agricole (amélioration des emblavures et de la productivité), de la diversification des activités de certains promoteurs, de l’accès aux soins (existence de boîtes à pharmacie à la maison de certains promoteurs), de la transformation et de la qualité des produits.

Au niveau des promoteurs individuels, 42% des bénéficiaires affirment que les revenus générés par leurs activités permettent d’assurer les besoins de la famille entre 50% et 75%, alors qu’avant la mise en œuvre du FCDA seulement 35% des bénéficiaires estimaient que les revenus générés par leurs activités permettaient d’assurer les besoins de la famille entre 25% et 50% comme en témoigne ce promoteur  Seman GUEGUI, producteur de maïs, membre de la coopérative KOKARI d’Angaradébou  (Kandi, nord Bénin), « Depuis 2018 que j’ai bénéficié de la subvention de FCDA à hauteur de 1.243.800 FCFA (2073 CHF) pour acheter une égreneuse moderne et une moto tricycle, mes activités post- récolte ne sont plus pénibles. Mon revenu s’est accru d’au moins 118.700 FCFA (198 CHF) à l’hectare et les ressources générées me permettent d’assurer des soins de santé à ma famille, son alimentation et la scolarité des enfants. Je suis très content des changements que PASDeR a induit dans ma vie et je remercie les donateurs »

Le taux de pauvreté a diminué d’environ 36% chez les promoteurs individuels bénéficiaires du FCDA. Autrement dit, 35% des promoteurs individuels dont les revenus étaient en dessous du seuil global annuel de pauvreté (estimé en 2019 à 246.542[1] francs CFA soit 410,90 CHF) ont réussi à quitter la pauvreté grâce au financement FCDA. La mise en œuvre du FCDA a eu aussi un impact positif non seulement sur la profondeur de la pauvreté mais aussi sur la sévérité de la pauvreté dans les ménages bénéficiaires. La vulnérabilité globale des ménages a aussi connu une réduction aussi bien dans les ménages des promoteurs individuels que dans ceux des membres des groupements/coopératives.

[1] INSAE, EHCVM, 2019