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À 30 ans, Gourouza, agronome diplômé, partageait le quotidien de nombreux jeunes diplômés en Afrique de l’Ouest. Après ses études, il enchaînait les stages et les expériences temporaires, espérant accéder à un emploi stable dans le secteur de l’élevage. Son ambition était intacte, mais les opportunités restaient limitées.
Une expérience dans une entreprise vétérinaire privée à Madaoua marque un premier tournant. Gourouza y observe une réalité simple mais déterminante : le marché existe et la demande est bien là. Ce qui fait défaut, ce n’est ni la production ni les compétences techniques, mais la visibilité et l’accès à des clients au-delà d’un cercle restreint.
Il se lance alors dans une activité d’élevage et de commercialisation. Les revenus suivent, modestes mais réguliers, oscillant entre 3 000 et 5 000 FCFA (CHF 4 à 7) par mois. L’activité repose essentiellement sur la famille, les connaissances et quelques contacts WhatsApp. Elle fonctionne, mais reste confinée à un marché de proximité, sans véritable perspective de croissance.
La trajectoire de Gourouza change lorsqu’il est sélectionné pour une formation en marketing digital, financée par la Fondation IMS et mise en œuvre par Swisscontact. Pendant deux mois, il découvre un univers qui transforme sa manière de penser son activité.
Au-delà des outils, il acquiert une nouvelle lecture du marché. Il apprend à structurer une offre claire, à gérer une présence professionnelle en ligne, à organiser la relation client et à suivre ses ventes de manière rigoureuse. Progressivement, il comprend que le digital n’est pas un simple canal de communication, mais un levier stratégique. Un moyen concret de sortir d’un marché limité et d’accéder à une clientèle bien plus large.
Les effets sont rapides. Dès la mise en pratique des compétences acquises, les demandes augmentent. Elles arrivent d’abord d’autres régions du Niger, puis de pays voisins. Aujourd’hui, Gourouza, également connu sous le nom de Tahirou, exporte vers la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, le Sénégal et la Mauritanie.
Son activité s’est profondément structurée. La gestion des commandes, la coordination des transporteurs et le suivi des ventes reposent désormais sur des processus clairs et organisés. Ce qui relevait auparavant d’une activité informelle est devenu une entreprise capable de répondre à une clientèle régionale et transfrontalière.
Les chiffres témoignent de l’ampleur de la transformation. Les recettes mensuelles atteignent désormais environ 2 000 000 FCFA (soit environ CHF 2 800), pour un bénéfice estimé entre 400 000 et 500 000 FCFA (soit environ CHF 556 à 695) par mois. L’écart avec la situation initiale est spectaculaire.
Mais au-delà des revenus, le changement le plus profond est ailleurs. Gourouza est passé du statut de demandeur d’emploi à celui de créateur d’activité, capable d’anticiper, de prendre des décisions stratégiques et d’investir dans la durée.
La croissance de l’activité de Gourouza génère des impacts concrets sur l’économie locale. Il emploie aujourd’hui un collaborateur chargé des livraisons et de l’entretien des animaux, investit dans l’acquisition d’une parcelle et engage progressivement la professionnalisation de son entreprise, à travers des perspectives telles que l’assurance animale, l’achat d’un camion dédié ou la structuration d’un réseau régional plus solide. Cette dynamique illustre un principe fondamental pour les partenaires engagés sur le long terme : investir dans les compétences numériques des entrepreneurs locaux produit un effet multiplicateur durable.
En connectant les marchés, en renforçant la compétitivité des entreprises et en créant de l’emploi, le digital transforme des activités informelles en entreprises structurées à portée régionale. L’impact dépasse ainsi largement un parcours individuel et contribue à la consolidation d’écosystèmes économiques où l’initiative privée devient un moteur de prospérité partagée, capable de se maintenir et de croître bien au-delà de la durée d’un projet.
Ce projet est financé par la Fondation Irene M. Staehelin. Ce projet fait partie du programme de développement de Swisscontact, cofinancé par la Direction du développement et de la coopération Suisse (DDC), Département fédéral des affaires étrangères DFAE.